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J'aimerais raconter

La période est propice.

 

J’ai souvent écrit dans des carnets toutes sortes de pensées, de réflexions, et d’observations sur cette mission, la plus incroyable que j’ai vécue, celle qui m’a amené à voyager dans 12 pays du monde à travers 36 sélections. Des notes pour plus tard entassées en vrac sur mes étagères, en attendant le jour où je prendrai le temps de m’y replonger, de les organiser et de les diffuser. 

Être sélectionneur de l’Equipe de France de Roller Freestyle m’a transformé. J’aimerais raconter.

 

Sélectionneur, j’ai découvert l’organisation sportive et fédérale bien au-delà de l’engagement associatif que j’ai eu depuis mes seize ans à travers les clubs, les comités départementaux ou les Ligues. Comment les rapports de forces internationaux influencent la pratique des clubs de la Fédération. Comment pour un domaine aussi minime que “le slalom en roller” les enjeux semblent devenir colossaux et engendrent des luttes politiques et des décisions financières, avec en toile de fond de simples divergences de visions sur la pratique sportive et sur le monde en général.

 

J’ai découvert l’envie de gagner comme je ne l’ai jamais vécu dans ma vie de compétiteur. J’ai rencontré des athlètes pour qui la victoire est bien plus qu’un podium, prêts à tous les sacrifices et à tous les efforts ; parfois aussi à tous les mots, et à toutes les audaces. J’ai tant voulu qu’ils gagnent. Leurs yeux se transforment alors. Pour quelques heures, ils redeviennent des enfants innocents et tout à disparu : la concentration, les inquiétudes, les agacements. A cet instant et pendant quelques heures, ils sont heureux, naïfs. Beaux de ne vouloir plus rien, d’avoir le sentiment du devoir accompli. Ils touchent la béatitude et j’en deviens presque jaloux. A mon tour, je veux gagner, l’emporter sur l’autre, être devant et qu’on me félicite pour ça. Je veux gagner ces regards mêlées d’admiration et de crainte de l’adversaire. Je veux gagner le respect des paires, être écouté parce que j’ai gagné. Être regardé parce que j’ai gagné. Comme sélectionneur,  J’ai tant pleuré qu’ils gagnent. Et j’ai tant pleuré qu’ils ne gagnent pas.

 

J’ai aussi découvert ce monde que les reportages, les films ou les fils d’actualités m’ont souvent présenté à travers des écrans. Ce monde si difficilement palpable. Le monde et son immensité qui pousse à l’humilité et à aux interrogations métaphysiques lorsqu’on est coincé, là, dix heures dans un aéroport international. Comment peut-il y avoir tant d’univers si différents à quelques heures de route ou d’avion ? Tant de différences à la surface de cette simple sphère ? Partout, des humains qui se multiplient, se nourrissent, s’abritent, se réunissent, prennent soin de leurs enfants ; et partout, des dissemblances qui se font distances, des diversités qui se font contrariétés, des nuances qui se font incompatibilités. Partout la pauvreté face à la richesse, la survie face au luxe, le partage face à l’hégémonie. Et en moi, le cynisme et l’indignation. La résignation et la colère. L’excuse et la décision.

 

J’aimerais raconter.

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